Canicule : « Il faut adapter la ville pour préserver sa raison d'être »
- Sylvain Bogeat

- 10 juil.
- 3 min de lecture
Et si la cantine de votre entreprise devenait un refuge climatique pour les riverains le week-end ? Face à la canicule, Sylvain Bogeat, président de Métropoles 50, défend une adaptation pragmatique de la ville : espaces verts, jeux d'eau, lieux climatisés ouverts au plus grand nombre, isoler, climatiser intelligemment…
Nos métropoles, construites pour les climats d’un siècle passé, exposent une population vieillissante à des épisodes caniculaires plus fréquents, plus précoces et plus longs. Il faut adapter le bâti, construire pour nos environnements futurs et continuer de combattre le dérèglement climatique à la racine.
Le défi posé par les épisodes caniculaires ne réside pas tant dans leur température que dans leur précocité et leur durée, qui affectent encore plus notre manière de penser la ville.
En nous surprenant bien en amont des mois de juillet et août, la récente vague de chaleur a perturbé de nombreuses activités qui se déroulaient dans un bâti totalement inadapté. Ecoles et crèches en surchauffe, travailleurs en costume étouffant dans la moiteur des transports en commun, familles entassées dans des appartements exigus… La chaleur n'attend plus le 14 juillet !
Il ne s’agit plus de pics caniculaires mais de véritables plateaux. L'inertie de nos bâtiments ne joue plus qu'à court terme : passé quelques jours, elle se retourne contre les occupants et l’immeuble stocke la chaleur. D’une part les nuits ne rafraîchissent plus et d’autre part le bâti n'a plus le temps de redescendre en température avant la vague suivante.
Les fonctions originelles de la ville sont alors menacées, que ce soit sa capacité à protéger ses habitants en les agglomérant ou sa capacité à créer de la richesse par les interactions.
Les conséquences sanitaires sont de plus en plus rudes à mesure que notre population vieillit et se fragilise. Le nombre de Français de 75 ans en plus a doublé en trente ans, sachant que la majorité de ces seniors habitent en ville. L’impact n’est pas limité à nos aînés ou aux (rares) enfants qui peuplent nos quartiers. Quand la surface d'un toit en zinc atteint 70 à 80 degrés et transforme un studio sous combles en four, la question n'est plus celle du confort d'été mais plutôt de la sécurité des habitants.
La ville est également menacée dans sa capacité à créer du lien et de la richesse. Les compétitions sportives sont annulées, des événements professionnels reportés, les rythmes de travail bouleversés. Or c’est dans nos villes que se concentre la majeure partie de l’activité et du patrimoine économique national.
Météo-France table sur cinq fois plus de jours de forte chaleur d'ici 2050, sur une saison qui courra désormais de juin à septembre. Lutter contre le dérèglement à sa source reste indispensable, car nous ne climatiserons ni nos champs, ni nos forêts, ni nos glaciers, mais cela ne suffira plus.
Je suis convaincu que nous devons tout d’abord adapter le bâti existant. Il est aberrant de ravaler une façade sans travailler à l’isolation par l'extérieur, d’étanchéifier des toitures sans protéger le dernier étage de la chaleur ou sans la convertir en énergie. Et oui, il faut climatiser. Les tartuffes qui pourfendaient hier la climatisation découvrent cet été qu'elle n'a rien de si désagréable. Le risque est que les Français contournent les nombreuses contraintes en ayant recours à des dispositifs mobiles, éphémères et énergivores. On a aujourd’hui la possibilité d’installer des climatisations efficaces et très bien intégrées esthétiquement, même dans de l’haussmannien !
Bâtir aujourd'hui engage pour cent ans. S'adapter, c'est aussi cesser de construire pour un climat qui n'existera plus. Cela impose un habitat sobre et évolutif : ventilation naturelle, protections solaires, matériaux à forte inertie, hauteur sous plafond, etc.
Reste enfin à repenser la ville : faciliter l’accès à de vrais espaces verts, installer des jeux d’eau et favoriser l’intensité d’usage des lieux climatisés. Les auditoriums des administrations publiques ou les cantines des entreprises pourraient très bien accueillir des ateliers pour les riverains ou les employés le soir et le week-end.
Tout cela a un coût, et l'adaptation doit rester simple et rationnelle. Les acteurs privés, les assureurs, les particuliers comprennent où est leur intérêt. Le rôle des pouvoirs publics n'est pas d'interdire mais d'informer, de coordonner, de lever les contraintes et parfois, de compenser les inefficiences du marché ou de la décision.

L'article à retrouver sur le site Les Echos
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