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Canicule : « Il faut adapter la ville pour prĂ©server sa raison d'ĂȘtre »

  • Photo du rĂ©dacteur: Sylvain Bogeat
    Sylvain Bogeat
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Et si la cantine de votre entreprise devenait un refuge climatique pour les riverains le week-end ? Face Ă  la canicule, Sylvain Bogeat, prĂ©sident de MĂ©tropoles 50, dĂ©fend une adaptation pragmatique de la ville : espaces verts, jeux d'eau, lieux climatisĂ©s ouverts au plus grand nombre, isoler, climatiser intelligemment





Nos mĂ©tropoles, construites pour les climats d’un siĂšcle passĂ©, exposent une population vieillissante Ă  des Ă©pisodes caniculaires plus frĂ©quents, plus prĂ©coces et plus longs. Il faut adapter le bĂąti, construire pour nos environnements futurs et continuer de combattre le dĂ©rĂšglement climatique Ă  la racine.


Le défi posé par les épisodes caniculaires ne réside pas tant dans leur température que dans leur précocité et leur durée, qui affectent encore plus notre maniÚre de penser la ville.

En nous surprenant bien en amont des mois de juillet et aoĂ»t, la rĂ©cente vague de chaleur a perturbĂ© de nombreuses activitĂ©s qui se dĂ©roulaient dans un bĂąti totalement inadaptĂ©. Ecoles et crĂšches en surchauffe, travailleurs en costume Ă©touffant dans la moiteur des transports en commun, familles entassĂ©es dans des appartements exigus
 La chaleur n'attend plus le 14 juillet !


Il ne s’agit plus de pics caniculaires mais de vĂ©ritables plateaux. L'inertie de nos bĂątiments ne joue plus qu'Ă  court terme : passĂ© quelques jours, elle se retourne contre les occupants et l’immeuble stocke la chaleur. D’une part les nuits ne rafraĂźchissent plus et d’autre part le bĂąti n'a plus le temps de redescendre en tempĂ©rature avant la vague suivante.


Les fonctions originelles de la ville sont alors menacées, que ce soit sa capacité à protéger ses habitants en les agglomérant ou sa capacité à créer de la richesse par les interactions.


Les consĂ©quences sanitaires sont de plus en plus rudes Ă  mesure que notre population vieillit et se fragilise. Le nombre de Français de 75 ans en plus a doublĂ© en trente ans, sachant que la majoritĂ© de ces seniors habitent en ville. L’impact n’est pas limitĂ© Ă  nos aĂźnĂ©s ou aux (rares) enfants qui peuplent nos quartiers. Quand la surface d'un toit en zinc atteint 70 Ă  80 degrĂ©s et transforme un studio sous combles en four, la question n'est plus celle du confort d'Ă©tĂ© mais plutĂŽt de la sĂ©curitĂ© des habitants.


La ville est Ă©galement menacĂ©e dans sa capacitĂ© Ă  crĂ©er du lien et de la richesse. Les compĂ©titions sportives sont annulĂ©es, des Ă©vĂ©nements professionnels reportĂ©s, les rythmes de travail bouleversĂ©s. Or c’est dans nos villes que se concentre la majeure partie de l’activitĂ© et du patrimoine Ă©conomique national.


MĂ©tĂ©o-France table sur cinq fois plus de jours de forte chaleur d'ici 2050, sur une saison qui courra dĂ©sormais de juin Ă  septembre. Lutter contre le dĂ©rĂšglement Ă  sa source reste indispensable, car nous ne climatiserons ni nos champs, ni nos forĂȘts, ni nos glaciers, mais cela ne suffira plus.


Je suis convaincu que nous devons tout d’abord adapter le bĂąti existant. Il est aberrant de ravaler une façade sans travailler Ă  l’isolation par l'extĂ©rieur, d’étanchĂ©ifier des toitures sans protĂ©ger le dernier Ă©tage de la chaleur ou sans la convertir en Ă©nergie. Et oui, il faut climatiser. Les tartuffes qui pourfendaient hier la climatisation dĂ©couvrent cet Ă©tĂ© qu'elle n'a rien de si dĂ©sagrĂ©able. Le risque est que les Français contournent les nombreuses contraintes en ayant recours Ă  des dispositifs mobiles, Ă©phĂ©mĂšres et Ă©nergivores. On a aujourd’hui la possibilitĂ© d’installer des climatisations efficaces et trĂšs bien intĂ©grĂ©es esthĂ©tiquement, mĂȘme dans de l’haussmannien !


Bùtir aujourd'hui engage pour cent ans. S'adapter, c'est aussi cesser de construire pour un climat qui n'existera plus. Cela impose un habitat sobre et évolutif : ventilation naturelle, protections solaires, matériaux à forte inertie, hauteur sous plafond, etc.


Reste enfin Ă  repenser la ville : faciliter l’accĂšs Ă  de vrais espaces verts, installer des jeux d’eau et favoriser l’intensitĂ© d’usage des lieux climatisĂ©s. Les auditoriums des administrations publiques ou les cantines des entreprises pourraient trĂšs bien accueillir des ateliers pour les riverains ou les employĂ©s le soir et le week-end.


Tout cela a un coĂ»t, et l'adaptation doit rester simple et rationnelle. Les acteurs privĂ©s, les assureurs, les particuliers comprennent oĂč est leur intĂ©rĂȘt. Le rĂŽle des pouvoirs publics n'est pas d'interdire mais d'informer, de coordonner, de lever les contraintes et parfois, de compenser les inefficiences du marchĂ© ou de la dĂ©cision.

 

 


L'article Ă  retrouver sur le site Les Echos

 
 
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