Reconnectons la nature avec la ville
- Sylvain Bogeat

- 25 sept. 2025
- 4 min de lecture

Des kilomètres d’allées désertes, des zones où l’on n’ose pas s’aventurer la nuit, des clubs privés fermés au public… Voilà ce que les bois de Boulogne et de Vincennes évoquent aujourd’hui. Et pourtant, avec leurs 1 800 hectares à eux deux - cinq fois la taille de Central Park- ces espaces avaient été pensés pour être des lieux de vie, de rencontre et de bien-être. Cette déshérence n’est pas un cas isolé : de nombreux parcs urbains en France connaissent le même sort. Faire du sport, prendre une douche, jardiner, charger son téléphone, organiser l’anniversaire de ses enfants … Et si demain, ces friches redevenaient de véritables parcs vivants, connectés à la ville et à ses habitants ?
La nature en ville : bien plus qu’un décor, un enjeu vital
Je suis convaincu que la proximité avec la nature joue un rôle majeur sur notre qualité de vie, a fortiori dans un cadre urbain, où chaque mètre carré d’espaces verts a un impact marginal démultiplié.
Ces parcs et jardins ne sont pas un simple ornement. Leur rôle environnemental est majeur - captation de CO₂, lutte contre les îlots de chaleur, préservation de la biodiversité, filtration naturelle de l’eau- et offrent des bénéfices concrets pour notre santé physique et mentale.
Leur utilité ne s’arrête pas là. Ils comptent parmi les derniers espaces publics partagés, essentiels pour lutter contre l’isolement, tisser des liens sociaux et renforcer la cohésion. C’est d’autant plus vrai dans les mégalopoles dont l’immobilier a explosé, et où les ménages entassés dans des appartements exigus ont bien souvent renoncé à des pièces où accueillir des amis, se divertir ou faire jouer leurs enfants.
Quatre Français sur cinq jugent essentiel de vivre près d’un espace vert. Mais la réalité est loin des recommandations de l’OMS : à Marseille, seuls 50 % des objectifs sont atteints . Dans certains arrondissements de Paris, on descend à moins de 10% avec à peine 1 m² d’espace vert par habitant.
Il est d’autant plus capital de faire en sorte que chaque mètre carré compte !
Un héritage négligé
Je suis en particulier affligé de voir l’état de délabrement des Bois de Vincennes et de Boulogne. Quel gâchis de voir ce que sont devenus ces 1800 hectares aujourd’hui mités par l’insécurité, la saleté, et la prostitution.
Les aménagements datent d’un autre siècle : pas une table de pique-nique, pas une toilette publique, à peine un panneau lisible. Et ce constat dépasse Paris ! À Lille, Grenoble, ou Marseille, certains parcs sont devenus impraticables, mal entretenus ou gangrénés par la violence. Les espaces naturels en périphérie sont eux aussi oubliés par les politiques publiques et souffrent d’une très mauvaise desserte.
Les rares lieux entretenus sont souvent privatisés, confiés à des clubs sportifs fermés dont les revenus servent à combler les déficits municipaux plutôt qu’à financer l’entretien des espaces publics.
Quel non-sens d’aller se quereller pour poser des pots de fleurs sur des places de stationnement du centre-ville alors que les Parisiens ont à leur porte deux poumons verts, dont la surface équivaut à celle des huit premiers arrondissements réunis !
Ce problème n’est pas une fatalité, mais le résultat d’un manque d’ambition politique criant. Ces poumons verts pourraient être des lieux vivants et accessibles à tous ; ils ne sont aujourd’hui que des coquilles vertes vides, des géants oubliés, abandonnés par des décennies de négligence.
La nature en guise de monument
J’appelle à un changement radical en la matière : il est temps de se réapproprier les espaces naturels urbains, en améliorant leur gestion, pour la biodiversité mais aussi pour les riverains. Il est temps de faire de la nature un véritable projet urbain.
Nos grands parcs sont sous-exploités. Il faut en libérer le potentiel.
Connectons-les aux centres-villes grâce à des corridors naturels et des transports publics à haute capacité, accessibles à tous, aux personnes à mobilité réduite et aux familles.
Équipons-les dignement ! Il n’y a aucune raison que les Parisiens n’aient pas les mêmes infrastructures que les habitants de Medellín, ou que nos bois fassent pâle figure face à Central Park, pourtant cinq fois plus petit !
Pour les sportifs : des machines en libre-service, des fontaines, des douches, des parcours sportifs. Pour les familles : des jeux aquatiques, des espaces où organiser une fête pour ses enfants, des toilettes, des barbecues. Pour les artistes : des scènes pour s’exprimer, des activités culturelles. Pour les travailleurs : des tables, des points de charge électrique, une offre populaire de restauration. Pourquoi pas un lodge pour faire une sieste ou vivre une expérience hors du temps ? Et pour que chacun s’y retrouve en sécurité, de l’éclairage, de la vidéo surveillance avec des patrouilles et postes fixes.
Il est temps d’amorcer la reconquête de ces zones délaissées. Transformons ces espaces en lieux vivants où l’on a envie de flâner le week-end, de lire l’après-midi ou de courir le soir sans crainte. La nature en ville ne peut pas se cantonner aux approches dogmatiques ou aux décors cache-misères. C’est un projet d’intérêt général, au bénéfice de la biodiversité et des habitants.
Sylvain BOGEAT
Président du Think Tank Métropoles 50
Associé fondateur Vestack



